Vous avez dit « anti-système » ?

27-01-2017

Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron se revendiquent « anti-système ». Mais qu’est-ce que le système ? Sa définition est vague, ses frontières poreuses, les images associées nombreuses – le plus souvent négatives. Le plus connu est le système médiatico-politique dont les couples élus-journalistes en sont l’image, et il y a quelques années, le couple Hollande-Trierweiler le symbole.

Nous comprenons qu’il s’agit d’un groupe, certains parlent d’élites, constitué de responsables politiques, de journalistes célèbres, d’intellectuels médiatiques, d’hommes et de femmes d’affaires, de communicants, de haut-fonctionnaires en vue. Raymond Barre, de sa voix au débit lent, appelait cela le « microcosme parisien ». Jean-Marie Le Pen parle de « l’establishment ». Au temps de l’Union soviétique, d’autres filait la métaphore avec la « nomenklatura ».

Un système n’est pas mauvais en soi, il est. Le système politique qui s’attire ainsi les foudres de certains candidats vit dans un cadre : la constitution de la Vème République et des codes civil, électoral, etc. Être « anti-système » c’est donc offrir la promesse qu’avec eux, cela changera. Jean-Luc Mélenchon parle de tout chambouler, d’instaurer une VIème République, Marine Le Pen de redonner le pouvoir au peuple, quant à Emmanuel Macron son essai politique s’intitule « Révolution » sans que l’on sache véritablement ce qu’il fera, son programme n’ayant pas été annoncé.

Dire qu’on est « anti-système », c’est dire qu’on est « hors-système », qu’on n’en a pas les mœurs, qu’on ne partage pas ses connivences, ses petits arrangements, ses petites et ses grandes compromissions, ses lâchetés. En période électorale, celui qui dénonce le système espère qu’il apparaîtra ainsi vierge, à défaut d’être neuf, et que les électeurs se laisseront séduire.

Il y a naturellement une incohérence : ceux qui le dénoncent en viennent. Marine Le Pen est née dans une famille politique au sens littéral du terme, et elle est élue depuis près de 20 ans aux plans régional et européen ; Jean-Luc Mélenchon a siégé 23 ans au Sénat et 8 ans au parlement européen ; quant à Emmanuel Macron, il est inspecteur des finances, ancien associé de la banque Rothschild, ancien ministre de l’Economie.

Cependant, c’est bien le système dénoncé qui décidera de l’image qu’il vous accolera. Lorsque Marine Le Pen s’y exerce, elle est traitée de populiste ; Jean-Luc Mélenchon, de démagogue. En revanche, Emmanuel Macron est perçu comme neuf avec son positionnement « ni de droite, ni de gauche », jamais élu et jeune.

In fine, sachons nous méfier des postures et des slogans. Aucun des candidats à l’élection présidentielle n’est « anti-système ». Et puis d’« anti-système » à « sortir les sortants » et « tous pourris », il n’y a qu’un pas.

Aussi, pour réconcilier tout le monde, nous n’avons pas trouvé de meilleure définition du système politique en nous appropriant la prose de Stendhal à propos de la société qu’il fréquentait, celle composée de « happy few », et qu’il décrivait comme « une poignée d'élus qui me ressemblent ». CQFD.

Sabinius.

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