Les responsables politiques ne comprenant plus leur électorat, refusent leur choix

14-03-2017

Le succès populaire des primaires, à droite comme à gauche, avait donné l’impression qu’elles étaient rentrées dans les mœurs politiques. Le vainqueur était oint de la légitimité démocratique. Les Français décidaient à la place des appareils. Les perdants s’engageaient à soutenir le vainqueur. La démocratie française grandissait, enfin.

Et puis patatras. Rien ne se passe comme prévu. Dans les deux cas, l’après-primaire se révèle très compliqué pour les candidats du PS et des LR. Les courants et les chapelles, mis sous le boisseau le temps de l’élection, réapparaissent animés par le seul moteur de sauver leur peau, quand ce ne sont pas les affaires qui plombent la campagne.

A droite, François Fillon, une fois élu, le 27 novembre, passe plus de six semaines à organiser sa nouvelle équipe de campagne et à négocier les conditions du soutien de ses adversaires. Ces derniers n’ont alors qu’un objectif, amender son programme qu’ils jugent trop « libéral », « thatchérien ». Ils dénoncent la « privatisation de la sécurité sociale ». Ils disent que l’objectif de 500.000 fonctionnaires en moins pendant le quinquennat n’est pas réaliste, que ce sont les 250.000 d’Alain Juppé qui est le bon chiffre.

Puis arrive la « révélation » par le Canard enchaîné de l’emploi présumé fictif de Pénélope Fillon et de deux de leurs enfants, suivie chaque semaine d’une autre « affaire ». La campagne de François Fillon change de nature, d’électorale à la chasse aux voies des électeurs, elle devient une chasse à courre dont ce dernier est devenue la proie. Les juges rentrent alors dans la ronde avec une promesse qui n’a rien d’électorale : sa mise en examen. Conséquence : la droite implose. Les défections se multiplient autour du candidat. Malgré tout ce dernier résiste et parvient à se maintenir. A la hâte, la droite se recompose. Et voilà le candidat reparti pour défendre son programme. La primaire est loin, l’unité des droites et du centre fragilissime.

A gauche, Benoit Hamon, une fois élu, négocie pendant un mois les ralliements de Yannick Jadot et de Jean-Luc Mélenchon. Son programme déjà très à gauche, se déporte encore un peu plus à gauche dans l’accord trouvé avec le premier, le second adressant une fin de non-recevoir. Pendant tout ce temps, le candidat du PS oublie l’électorat de Manuel Valls, 40% tout de même des votants à la primaire.

Conséquence : Benoit Hamon se retrouve seul. Sans le soutien du président de la République, du Premier ministre ni des poids lourds du gouvernement – au contraire Jean-Yves Le Drian prépare son ralliement à Emmanuel Macron. Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, est atone ; sa menace d’exclure du parti ceux qui rejoindraient En marche ! ne semble pas avoir d’effets dissuasifs. Les défections de socialistes en faveur d’Emmanuel Macron se multiplient. Manuel Valls déclare qu’il n’apportera pas son parrainage à Benoit Hamon.

Le coup de pied de l’âne vient alors de François Hollande qui déclare que la menace c’est Marine Le Pen, le « danger populiste ». En creux, il appelle à voter pour son ancien ministre de l’Economie, Benoit Hamon relégué dans les sondages n’étant plus jugé capable de figurer au second tour et d’offrir un rempart à la candidate du Front national. La gauche à son tour implose.

Les primaires ont-elles été une parenthèse dans la vie des partis politiques ? Pourtant, en 2006 et 2011, elles avaient réussi au parti socialiste, même si Ségolène Royal, à la différence de François Hollande, avait été peu soutenue par les éléphants de la rue de Solférino pendant la campagne.

Dans les deux camps, à droite comme à gauche, pour des raisons différentes en apparence, mais similaires dans le fond, nous assistons au troisième tour de la primaire, à la revanche des appareils qui veulent reprendre la main, au déboussolement des responsables politiques qui ne comprennent plus leur électorat, refusent leur choix.

Les apparatchiks ont un maître mot qui fixe un nouveau cap sensé les réconcilier tous : « recentrer ». C’est l’injonction qui est faite à François Fillon, notamment par les centristes en échange de leur soutien. C’est également celle qui est répétée à Benoit Hamon en l’obligeant à endosser le bilan du quinquennat de François Hollande.

Dans les deux cas, les primaires montrent qu’elles ont été un pis-aller. A 6 semaines de l’élection, les responsables politiques ne se cachent plus pour afficher leur division. La discipline a disparu, la parole donnée est reléguée au rang d’un vœux pieux. Cependant les électeurs ne seront pas dupes, et leurs votes lors des deux tours de l’élection présidentielle surprendront une nouvelle fois ceux qui ne veulent ni voir, ni entendre.

Sabinius.

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