La campagne introuvable

16-02-2017

Que se passe-t-il ? Il reste un peu plus de deux mois avant le vote du premier tour, et pourtant la campagne électorale semble ne pas en être une. On ne connaît toujours pas la liste définitive des candidats.

A droite, depuis le 24 mars et les « révélations » du Canard enchainé à propos de l’épouse et des enfants Fillon, le candidat de la droite et du centre ne peut plus faire campagne normalement. Il vit dans l’attente d’une décision de justice qui pourrait le mettre hors course. L’élection était « imperdable » pour François Fillon. La primaire l’avait propulsé. Les Républicains semblaient unis. Mais tout ça, c’est du passé – pour autant il ne faut pas faire table rase de ce dernier. La riposte du candidat n’est pas encore advenue, les jeux ne sont pas faits.

A gauche, le parti socialiste devait « mourir » après la primaire de janvier. Il n’en est rien, même si l’équation à quatre inconnues n’est pas encore résolue. La première inconnue, le ralliement de l’écologiste Yannick Jadot, est normalement dénouée, ce n’est plus qu’une question de jours. La deuxième est redoutable, c’est Jean-Luc Mélenchon. L’homme est hargneux, tenace et son programme est – presque – le même que celui de Benoit Hamon. En attendant, le candidat insoumis fait monter les enchères, ce qui impacte la troisième inconnue : la moitié des électeurs du parti socialiste en la personne des "vallsistes" se sentent oubliés et hésitent encore à soutenir Hamon. La quatrième inconnue est Benoit Hamon lui-même : il ne veut pas être un « homme providentiel », il ne veut pas faire sa campagne pour la présidentielle en revêtant les habits d’un présidentiable. L’ennui, c’est que cela ne fonctionne pas, cela « n’imprime pas » auprès des Français. L’élection présidentielle reste encore une « mystique ».

Au centre, Emmanuel Macron, sans parti, mais pas sans le soutien bienveillant d’une grande partie des médias, bénéficie encore de la sympathie de l’opinion publique, mais cela ne signifie pas forcément son vote, d’autant qu’elle commence à s’interroger : Macron bientôt élu produit marketing politique de l’année ou bien authentique candidat de rupture ? Il est attendu au tournant.

« A la droite de la droite », comme disent les médias, Marine Le Pen défend son programme. Ses adversaires l’attaquent peu sur ce dernier, mais beaucoup sur l’essence de son parti hérité de Jean-Marie Le Pen, un parti qu’ils qualifient de « raciste, anti-système, anti-républicain ». Ils rajoutent à cela le soutien qu’elle aurait de la « fachosphère », présente en masse sur les réseaux sociaux – ceux-là même qui auraient fait gagner Donald Trump aux Etats-Unis en déformant la vérité des faits. In fine, ses adversaires ne savent plus comment la combattre, tandis qu’elle est confortablement installée en tête des intentions de vote au premier tour.

La situation sociale et politique est singulière. Les banlieues s’embrasent à nouveau. Le président de la République et son Premier ministre sont invisibles. La scène politique est animée par un quadripartisme inédit et incompatible avec les règles électorales de la Vème République fondée sur le fait majoritaire. Les experts en sociologie politique et électorale constatent « un ébranlement profond de la société » : les Français semblent ne plus croire à la capacité des élus de changer le destin de la France.

Le temps politique semble suspendu. Les Français retiennent leur souffle. Après le Brexit de la Grande-Bretagne et l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, la France sera-t-elle le prochain Etat victime d’un tsunami ? Dans tous les cas, ce dernier est précédé d’un mouvement de tectonique des plaques. Reste à savoir ce qui décidera de l’élection présidentielle, et donc de l’identité du prochain président de la République.

Sabinius.


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