De la présomption d’innocence, fondement du droit

26-01-2017

La justice, d’habitude lente, a mis moins d’une journée pour ouvrir une enquête préliminaire pour délit de favoritisme. On ne s’en plaindra pas, c’était sans doute la meilleure solution.

« Accusé Fillon, levez-vous ! » De quoi est-il soupçonné ? D’avoir salarié sa femme comme attachée parlementaire pendant des années. Est-ce légal ? Oui. Alors, qu’y-a-t-il de mal ? Les journalistes du Canard enchainé, après avoir enquêté, écrivent que Pénélope Fillon « ne laisse de trace d’activité ni à Paris ni à Sablé-sur-Sarthe ».

La politique est une affaire qui se vit souvent à deux. Les exemples sont légions : Claude Bartolone, Eric Ciotti, Gilbert Collard, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-François Copé travaillent avec leurs épouses. En 2014, 58 épouses, 28 fils et 32 filles de députés étaient rémunérés par l'Assemblée nationale, sans compter ceux qui ne portent pas le même nom ni les maîtresses : soit plus de 20% des attachés parlementaires semble-t-il.

François Fillon fait de la politique depuis plus de quarante ans. Il a été ministre, Premier ministre, président de conseil régional et général, député. Lui et sa femme, avocate de formation, mariés depuis plus trente cinq ans, parents de cinq enfants, vivent vraisemblablement ensemble l’engagement politique de ce dernier. Il est tout à fait possible qu’elle l’écoute, le conseille, commente ses interventions - voire les corrige -, rencontre des administrés et ce, à longueur de journée, toute l’année, et en l’accompagnant dans ses obligations officielles. Par ailleurs, en 2014, elle a été élue conseillère municipale de Solesmes. Tout cela peut-il être qualifié d'activité professionnelle : cette question est l'objet de débat depuis des années.

En effet, la société française a longtemps estimé que les « femmes de » devaient suivre, « faire le job », sans être rémunérées, ni même reconnues dans leur rôle pourtant essentiel dans l’exercice de certaines fonctions. Le cas le plus célèbre est celui de la femme du président de la République : elle n’a ni statut, ni rémunération. Autre exemple : les épouses d’ambassadeurs, inexistantes pour le Quai d’Orsay, quoique sur le pont en permanence.

Le couple Fillon a-t-il caché cette rémunération, notamment au fisc ? Pénélope Fillon est-elle allée au-delà de son rôle d’épouse ? Ce rôle devait-il être reconnu et rémunéré ? A-t-elle été jusqu’à intervenir à l'instar d'une collaboratrice au sens habituel, professionnel, du terme ? L’enquête le dira. Nul, à ce jour, n’est en mesure de répondre, il est manifestement nécessaire de le rappeler. Ayons la décence de respecter la présomption d’innocence, fondement de notre droit !


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